C'est une photographie très évocatrice de Terry Fabre qui complète la série entamée sur le corps et la sensualité.
Terry a fait sienne la citation du grand photographe chilien Sergio Larrain (à découvrir d'urgence si vous ne le connaissez pas :
" Une bonne photo naît dans un état de grâce. Cela arrive lorsque l'on est libéré des conventions, des obligations, de la compétition : libre comme un enfant découvrant la réalité pour la première fois."
Quelques mots sur Terry dont vous pourrez admirer les séries sur son site :
Elle se décrit ainsi :
"Établie dans la région de Montpellier depuis 1979 après avoir quitté le continent africain, je rentre réellement en photographie fin 2007 qui devient au fil des jours ma passion première.
A partir de septembre 2008, avide de maîtriser un peu mieux la technique photographique, j'entame mon apprentissage au sein d'atelier et club photos. Avec le temps cela m'a permis également de développer mes connaissances autour du travail d'auteur, la lecture d'image mais aussi la critique photo.
Aujourd'hui, j'aime suspendre le mouvement, plutôt en noir et blanc... la photo humaniste ou les scènes de rues sont mes champs de prédilection. La rue est devenue mon terrain de jeu favori pour capter les instants de vie si éphémères, aller à la rencontre des autres, autoriser la photo à montrer ce qui est là et qu’on ne voit pas par habitude, l’autoriser a nous intriguer et à exprimer une interrogation… tout simplement suggérer l’instant !
Poursuivez bien votre confinement créatif chers blogueurs. Un petit conseil pour cette proposition : suspendez l'instant, l'état de grâce...

La fleur
RépondreSupprimerSissi n'avait plus aucun appétit pour la vie: Julo était parti la plantant là, sans émotion, il s'était retourné et lui avait lancé un " Salut à jamais" accompagné d'un rictus amer
Il fallait qu'elle fasse quelque chose qui lui enlèverait de la tête cette dernière image violente : alors elle se décida pour le tatouage de la fleur d ' Alantropie sur la cheville droite : elle avait lu dans un manuel d'alchimie que cette plante avait comme principale vertu de laver les pensées, d’annihiler les vibrations nocives ..le tatoueur n'avait pas posé de question
Ce soir elle s'était décidée; oui elle irait faire la fête avec Lila et les autres; elle sortit sa petite robe noire, choisit la paire de mocassins assortis, soigna son maquillage, se parfuma avec "J 'ose" de Kalentchi et pour mettre en valeur ses jambes enfila une paire de bas noirs transparents: leur texture ne dissimulait pas le tatouage, bien au contraire : elle se mit à espérer et imagina qu'elle retournerait chez elle accompagnée que l'homme dégraferait délicatement les jarretelles, la couvrant de baisers en commençant par la fleur ainsi honorée..
Elle m’attrape, me roule. Elle cherche son équilibre, pose son pied sur la chaise. Puis elle m’enfile. Délicatement, pour m’empêcher de filer.
RépondreSupprimerLes orteils d’abord. Je sens l’ongle du Gros, prêt à m’écorcher. Je réussis à esquiver.
Je caresse son pied. Avec volupté. Son coup vaut le coup. Une peau douce et blanche que je noircis de mon voile.
Plus haut se profile un tatouage m’invitant au voyage. Pour l’atteindre il faut franchir le talon, et ses rugosités. Pourvu qu’elle pense à me les épargner : de ses mains fermes, me le faire enjamber pour ne pas m’y accrocher.
S’il te plaît, prends ton temps pour m'étirer, que la caresse de ta jambe dure longtemps.
Aucune envie d’être confiné dans tes chaussures pointues.
Léaaaaa
Enfin ! Je n’avais qu’une hâte : celle de me délasser dans un bon bain parfumé à l’huile essentielle d’orange pour finir cette interminable journée ! Tout mon corps demandait grâce, face aux efforts et aux tensions que je lui avais imposés depuis la veille et mon arrivée à ce stage de tango argentin.
RépondreSupprimerLe bain coulait déjà. J’y rajoutais une poudre blanche, sensée délasser les muscles, qui eut pour effet d’opacifier l’eau du bain, la rendant semblable à du lait. Mes vêtements jonchaient le sol entre l’entrée de ma chambre d’hôtel et le carrelage rafraîchissant de la salle de bain. Dehors, il avait fait si chaud en ce mois de juin, à Rosario, que j’avais senti la transpiration perler le long de mon dos, après quelques minutes de passes avec mon partenaire. Nous étions tous soumis à cette chaleur qui, d‘une certaine façon, participait à l‘ambiance déjà bien échauffée du cours de danse. Ma superbe robe bleu-vert au délicat rabat nacré qui s’entamait sur mon épaule gauche et courrait le long du buste, poursuivant son chemin jusqu’au bas du tissu, traînait en boule auprès de mes sous-vêtements. Fort heureusement, j’avais largement de quoi me changer et j’imaginais déjà la tenue qui mettrait en valeur tous les pas de danse, demain, dès 9 heures. Las, l’eau du bain m’attendait et tout mon corps s’y plongea avec délectation ! Plus je m’enfonçais dans l’eau, plus mon humeur s’en trouva changée. Aux quelques ombres d’insatisfactions dues à mes maladresses dans certains mouvements, au manque de rigueur qui était un peu ma marque depuis ces deux derniers jours passés sur la scène du petit théâtre qui nous accueillait, maintenant faisait place une sorte de satisfaction organique, profonde, quasi-jouissive. « Tout corps plongé dans l’eau… » comme disait l’autre, ben là, le mien prenait un volume inattendu, comme s’il cherchait à épouser les parois de la baignoire ! Je pris le pommeau de douche pour mouiller ma tête, penchée entre mes cuisses qui semblaient jaillir hors d’une mer de lait. Quel bonheur de sentir l’eau dégouliner sur ma longue chevelure flavescente. Le jet vint aussi rafraîchir mon visage et je laissais quelques secondes encore, cette sensation délicieuse s’immiscer en moi. Il faut croire que mon inconscient était plus éveillé que moi car c’est presque malgré moi que le désir d’un orgasme vite obtenu, dérobé à ma journée, s’invita par surprise. Bon, d’accord, allez, je vais me l’accorder !
Isabelle Israel
La passante du TGV
RépondreSupprimerInstallé à ma place dans l'attente du départ du train, je consulte les derniers mails sur ma tablette. A travers la vitre, distraitement je la regarde courir sur le quai en poussant d'une main nerveuse une valise colorée qui zigzague sur le bitume. Son écharpe blanche, voile vaporeux, la poursuit comme une traîne. Essoufflée, elle se hisse in extrémis dans le compartiment, consulte son téléphone, repère sa place avant de glisser sous les portes bagages sa valise derrière le siège que j'occupe. Dans cette manœuvre, son bras m'effleure avec légèreté. A ses excuses, je réponds d'un sourire convenu.
Toutefois, l'odeur de son parfum piquant distrait ma lecture des messages du jour. Avec un léger soupir d'aise, elle prend place en vis-à-vis de l'autre côté du couloir. Je ne peux m'empêcher de l'observer. Nos regards se croisent, se détournent. Je fais mine d'être absorbé par mon écran. Sous le blouson de cuir fauve, prestement ôté et lancé avec désinvolture sur le siège d'à côté, elle porte un débardeur noir qui tranche avec sa chevelure blonde montée en petit chignon. Quelques mèches folles s'en échappent et lui caressent la nuque. Elle est infiniment présente.
Quand elle sort une revue de son sac, en se courbant légèrement, une bretelle noire glisse le long de son épaule gauche. Je ne peux m'empêcher d'épier le moindre de ses gestes. J'attends le suivant avec une suave curiosité. Nos regards se croisent une fois encore, le temps de quelques secondes, dans le reflet de la vitre, puis rapidement s'évitent pour se concentrer sur nos occupations respectives. Elle, dans la contemplation du paysage qui lui fait tourner la tête de trois quart, moi dans la relecture de mails.
La fine dentelle, attribut féminin par excellence, sur son épaule nue me trouble. Je ne peux contrôler mon regard aimanté par le contraste de sa peau, que j'imagine duveteuse, et le mince cordon de résille noire.
Sur la vitre à présent, en reflet, m'apparaît son visage. Je perçois les battements de ses cils, sa bouche ronde ourlée d'un trait appuyé, une créole en boucle d'oreille.
Avec naturel, sa main gauche saisit la bretelle pour la glisser sous l'habit. Ce geste preste, divinement gracieux inscrit, d'une façon que je pressens indélébile dans ma mémoire, sa sensuelle empreinte.
Le TGV file à toute allure à travers la somnolente campagne bourguignonne que rien ne semble troubler. En contre point dans le compartiment, pour avoir furtivement surpris un petit bout d'étoffe caresser la courbe douce d'une épaule, mon être est en émoi…
A la descente du train, elle est attendue. Du regard, je les observe qui s'éloignent visiblement heureux.
La petite bretelle en dentelle noire, comme un flash érotique, s'invite par à-coups dans ma mémoire nostalgique.
Camomille 22/04/20
Mélia n'avait rien d'une de ces femmes pulpeuses qu'elle contemplait sur les murs de la bibliothèque, dans leurs cadres dorés. Le plus souvent seule dans la grande maison, elle avait en charge le ménage et l'entretien des pièces immenses et froides. Le maître ne venait que rarement se reposer dans son domaine. Elle était secondée dans l'entretien de la maison par le jardinier qui avait en charge les extérieurs, bosquets, pièces d'eau, jardin potager, parterres et le petit verger attenant. La cuisinière venait une fois par semaine vérifier les provisions.
RépondreSupprimerMélia n'était plus très jeune mais gardait ce corps potelé et gracieux qui lui avait valu quelques amoureux éperdus. La contemplation des grands tableaux, où les belles dénudées s'étalaient dans les coussins, la fascinait. Elle s'attardait aux courbes généreuses, suivait des yeux la chute des reins sous les chevelures dénouées,descendait le long des cuisses jusqu'aux pieds qui retenaient un bout de tissu délicat, ou qui jouaient avec le drap du lit défait. Mélia sentait l'émoi la saisir. Une légère transpiration entre les seins, à la nuque, parfois dans la paume des mains qu'elle serraient l'une contre l'autre. Elle se disait que si elle avait su alors, jouer de son corps comme ces femmes semblaient savoir le faire, dans cette impudeur candide et cet abandon qui semblait si naturel, elle se disait, qu'elle ne serait pas là aujourd'hui, seule dans cette grande maison froide, à dépoussiérer les meubles et éviter les regards appuyés du jardinier.
Il avait fallu qu'il entre une fois, par hasard, dans la cuisine, pour la surprendre, le pieds posé sur une des chaises cannelées, s'appliquant à rouler son bas sur son mollet, pour que cette image qu'il semblait avoir trouvé d'un érotisme torride,l’encourageât à lui faire les yeux doux. Mélia avait promptement rabattu les pans de sa jupe sur la nudité dévoilée, ramassé ses chaussures sagement rangées à côté de la chaise et lui jetant un regard noir, était sortie violemment de la pièce, laissant l'homme abasourdi.
Mélia s'était félicité de n'avoir pas totalement dénudé son corps, ce jour-là, mais juste joué à faire glisser ses bas, avec des mouvements lents et cadencés, comme elle imaginait que faisaient les belles dans leurs dentelles, dans le contre jour des tableaux, lesquels lui donnaient décidément bien des idées interlopes.
Les hommes étaient bien sots de s'attarder à ce genre d'image ; ils s'y attardaient tellement, qu'ils ne voyaient plus que l'accessoire, oubliant l'essentiel, la femme pleine, entière, infiniment plus érotique, plus charnelle, plus profonde, d'une profondeur qu'ils n'arrivaient pas à saisir. Voilà pourquoi ils ont tant besoin d'artifices, de gestes faciles, répétés à l'infini des époques. Une manière de figer la femme dans des attitudes, des clichés, pour oublier qu'ils ne parviennent pas à saisir le féminin fulgurant sous les dentelles.
Mélia, depuis, évitait la présence de l'homme, malgré qu'il s'appliquât à lui offrir quelques fleurs, qu'il laissait sur la table de la cuisine, ou quelques fruits cueillis fraîchement du matin. Elle préférait continuer de rêver dans l'ombre des grands tableaux, en prenant bien garde maintenant, à ne plus se laisser surprendre dans des postures suggestives, qu'elle ne voulaient que pour elle seule.
oh ma Carmen de cuisine, ma délicieuse, qui, entre deux corvées, joue pour moi seul, la scène si bien rodée du bas qui se déroule sur la jambe ! oh ma Carmen, ta jambe n'a plus vingt ans et tes mains sont fatiguées des multiples travaux ; tes bas ne sont pas de soie, mais lorsque tu ôtes et ranges soigneusement tes chaussures, lorsque tu poses ton pied délicatement sur la chaise cannée, lorsque sans rien me dire, tu soulèves lentement ta jupe jusqu'à mi-cuisse et que, sans un regard vers moi, comme si tu étais seule dans ton intimité, tu fais doucement rouler ton bas sur ta peau blanche, oh ma Carmen, tu vaux à toi seule, toutes les amoureuses des chambres de satin et celles, moins somptueuses, des ruelles obscures. Alors dans mon coeur attendri, monte la chanson de Reggiani que j'aime entre toutes, "la femme qui est dans mon lit, n'a plus vingt ans depuis longtemps"...
RépondreSupprimerElle vole de la poudre d'or et s'affole de la déposer sur sa peau et ses muscles enquilosés. Sur son corps, s'écoulent des gouttes de sueur latentes des suites d'une nuit avec beaucoup d'attentes. Elle a des lèvres arc en ciel retourné et l'eye liner mal déposé. Jouant avec ses ailes de fées, se dandinant, elle pourrait presque voler. Devineresse, son charbon aux yeux pollue son visage d'une jolie manière.
RépondreSupprimerElle peut faire apparaître sa beauté en le regardant, elle peut l'ensorceler en faisant le croquis de son cou avec sa langue. D'une violence inouïe elle lui scande les plus vieilles folies du monde en riant gravement. Un soleil sous la peau, elle a été frappée par la lune.
Glissant sur son corps, elle kidnappe son souffle en portant sa main sur sa bouche et l'enchante merveilleusement.
L'hypnotisé fantastique, alors, halluciné, pense aux contes de fées.
Petit garçon perdu, rêvant d'un pays où elle serait charmée. La peau rouge demandant à être apaisée. Voulant sonner la clochette de son coeur, il la regarde épuiser sa sensualité en se rhabillant. La géographie de son corps aux mille visages, le fascine.
Tic-tac, le départ à sonner.
Un pompon qui la repoudre et qui veille à ne pas recouvrir sa mouche, un clin d'oeil maladroit.
Direction la deuxième station, billet en main. Un signe à Darling, un crochet par Bloomsbury et des sentiments qui ne grandiront jamais.
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RépondreSupprimerL'art de la jambe en l'air
RépondreSupprimerà peine muselée d 'un bas indécis
qui se pose en parenthèse
de l' antre cuisses
sur une chaise
d' un autre temps...
La femme ne croit plus
au Père Noël
malgré ses souliers,
cirés
sous les barreaux
Elle a parfumé son pied
que l'autre aime tant suçoter
Tatouage éphémère
d' un destin qu'on oublie
elle a tant, de collants résille, laissé filer....
Merci à tous pour vos magnifiques écrits sur cette photo. Après la photo qui me passionne énormément, je rêve un jour de savoir (oser) écrire ou poser des mots sur mes images... un jour quand je serai grande peut être, en attendant je me délecte des vôtres. Encore merci.
RépondreSupprimerMerci à toi Terry de nous avoir permis de nous évader de ce confinement et de retrouver le beau dans le quotidien comme tu sais si bien le capter. Tu écris de toute façon avec la lumière ;+)
SupprimerMerci pour ce chouette commentaire... La photo est très belle, suggestive à maints égards.. Mais pour écrire, pas la peine de devenir grande sinon c' est trop enquiquinant... Gardons notre spontanéité et osons là où l'on se croit en cité interdite ou tout comme... Amicalement 😊
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