Voici donc la nouvelle proposition qui est cette fois musicale.
Il s'agit d'un instrumental de Nazim que je remercie pour sa contribution. L'ambiance me semble tout à fait propice à l'inspiration, pour ma part j'ai bien quelques idées mais je les garde pour moi 
Si vous voulez découvrir la musique de Nazim, vous pouvez écouter son album l'Homme Bleu ici :
Et je ne résiste pas au plaisir de vous envoyer le lien vers la très lumineuse vidéo d'une de ses chansons au titre prémonitoire "Où vont les rêves" :
Je suis parti: sac à dos , tennis, anorak casquette, lunettes de soleil : bon en Décembre pas trés utiles mais moi ça m'a rassuré : j'ai dit salut; j'ai claqué la porte, j'ai évité leurs regards incrédules
RépondreSupprimerJ'ai dit salut : j'ai frôlé l'arbre de Noël et ses boules multicolores : les ai lancées au ciel ; de nouvelles comètes
J'ai détalé, prompt, vif, homme cheval
J'ai rompu les attaches, plus de fil à la patte; je suis devenu loup moi qui n'étais qu'un chien
J'ai harangué la lune, j'ai déchiré la brume
Regardez moi : je suis vous je suis toi
Homme de paille échevelé j'ai escaladé les marches vermoulues des escaliers aux ferrailles armées
J'ai transformé les blocs opaques en huttes transparentes ;
Mon hôtel à ciel ouvert a plus d'étoiles qu'il n'en faut pour éclairer l'humanité
Je n'ai rien, je suis tout
Frères humains de chair pétris : regardez moi : Je suis nous
Très beau texte sensible intitulé "Regardez-moi" par Christine et qui fait écho à l'instrumental de Nazim. Même si Villon est présent vers la fin avec "Frères Humains", ça me fait penser à du Moustaki, avec sa gueule de vagabond poète maudit... Un vrai concentré d'humanité surtout en ce moment. Je serai curieuse de savoir ce que Nazim en pensera, en tout cas cela ferait de très belles paroles de chanson.
Supprimerle café encore tiède dans mon bol, je lis ce texte et je pense : c'est la prémonition du nouveau monde dans lequel nous entrons ! derrière nous, les arbres de Noël sacrifiés chaque année et leurs boules lumineuses d'illusions ! derrière nous les chemins balisés de la pensée unique ! nous entrons aujourd'hui, bousculés, désemparés, affolés dans l'incertitude des demains, avec le ciel au-dessus qui nous tend ses miroirs. "Je suis" est bien la nouvelle prière universelle, le nouvel éveil de notre humanité ensablée. Lise
RépondreSupprimerQuel écho au texte de Christine et à celui de Kheira ! Et qui traduit bien cette perplexité qui nous habite tous quand nous nous réveillons. Est-ce bien vrai ce qu'on vit alors que la nature est en pleine floraison ? Le miroir aux alouettes de la société de consommation en prend un sacré coup..
SupprimerUn étranger dans le miroir
RépondreSupprimerA force de marcher le nez dans ton écran
seul sur terre
allo tu passes sous un tunnel
tu en a oublié ton ombre qui s’est barré loin
le désert est grand pour qui le creuse
Tu peux la rattraper si tu t’arrêtes un peu sur toi
Expire, inspire
oublie ton selfie et ton image reviendra
abracadabra
seul t’as cassé ta maison comme un petit
pourtant tu avais dit oui
comme t’étais belle
comme t’étais beau
la corde au selfie tu t’es barré loin de ton oxygène
amour court toujours
le petit écureuil se marre bien à l’abri du marasme
tu avais tout tu n’as plus rien
homme de paille ta chair t’as quitté
humes toi en rêve
le miroir s’est brisé
7 ans de malheur du sel derrière l’épaule de l’ail parfumes t’en
tu connaissais narcisse le 06 à l’oreille qui est tombé dans son oubli
KheirAlima
Un texte... musical ! Jeu sur les sons et le dérisoire, allô quoi ?! Et toute cette vacuité qui nous semble si évidente. Oui on rigole jaune, "humes toi en rêve" = reprends contact avec ta chair, ton parfum, ton être ? Très touchant
SupprimerChinook
RépondreSupprimerLe chinook s'était levé et lui vrillait les tempes comme un essaim d'abeilles. Il était prisonnier de ces prairies, des chasseurs de primes, de sa vie, de ses choix.
Fuir, survivre...
Le poker de trop au saloon d'Abilene, et le voilà devenu un gibier convoité. C'était bien la première fois qu'il valait quelque chose.
Le chinook soufflait et mangeait la neige, asséchant tout sur son passage. Il faisait fondre les flocons, les transformait en gouttes bienfaisantes qui le lavaient de la crasse et de la rancoeur accumulées.
Il leva les yeux et aperçut une arche dans le ciel. Une légende indienne lui revint en tête : celui qui voit le nuage pourpre sera métamorphosé en geai bleu.
Il ne grelottait plus et s'était redressé, le chinook était son allié et le poussait dans la bonne direction.
Déployer ses ailes, vivre...
Sonia
Je suis poussière
RépondreSupprimerLaissons nous emporter par ce souffle chaud.
Gros plan sur ton regard, cadrage serré.
Tes yeux plissés par cette lumière insolente, tu fixes l'horizon.
Le bruit du vent, la poussière qui vole et tourbilonne dans une danse effrénée,
qui distille ces particules de Moi.
Je te suis, je te regarde, je t'enveloppe, je te caresse, je te protège, je te dévore, je te ronge, je te guide.
Que vas tu chercher là-bas?
L'oubli, l'ailleurs, le meilleur, le différent, le autrement, le renoncement, le reniement?
L'ailleurs est parfois un leurre.
Tel un renégat que tu n'es pas, tu fuis, tu me fuis, tu fuis la vie.
Mais je suis la vie, je suis poussière.
Cette poudre ocre et légère qu'on ne voit pas mais qui laisse des traces.
Celle qui s'infiltre, qui s'introduit, qui s'immisce, de façon anonyme, en silence, mais qui compte bien prendre sa place.
Alors sur ce chemin qui s'ouvre à toi je serai là!
Et si tu tombes je serai là!
Telle une tempête de sable je viendrai te recouvrir pour faire bouclier.
Et n'oublies pas je suis poussière.
Partout et nul part à la fois.
Je suis poussière et ces milliards de morceaux d'amour te porteront et te soulèveront pour que tu continues ton chemin avec mon coeur dans le tien.
"Demande à la poussière", sublime roman de John Fante sur les laissés pour compte du rêve américain. Je ne sais pas pourquoi, ton texte me fait penser à ça. On n'est pas grand chose mais on est quelque chose et on est toujours de quelque part. Des interrogations, mais des propositions et des amorces de réponse, un amour inconditionnel aussi... Et l'errance, encore et toujours alors que le bonheur est à portée de main.
SupprimerD’après « Sur le trottoir » de Nazim
RépondreSupprimerIl était monté sur la scène étroite du café enfumé, s’était installé au micro, accordait sa guitare en regardant de biais tous ceux qui étaient là. Il n’était qu’un musicien inconnu. Dans le meilleur des cas, il serait payé avec un repas, quelques bières et un whisky, peut-être quelques dollars.
Il a commencé à jouer. Pendant quelques temps, le brouhaha des conversations a continué puis, peu à peu, s’est calmé. Il a joué une heure et quand il s’est arrêté, les applaudissements nourris l’ont surpris. Il a joué encore et quand enfin il est descendu de scène, chacun a voulu lui payer un verre. La tête lui tournait, ivre de joie et d’alcool.
Il n’a pas su ce qui s’était passé ensuite. Quand il a repris ses esprits, il était assis sur le trottoir, seul, le jour commençait à se lever. Sa tête lui faisait si mal qu’il aurait voulu se la fracasser sur le macadam. Et sa guitare, où était sa guitare ? Péniblement, il s’est relevé. En s’appuyant au mur, il a été jusqu’à la porte du bar mais il a eu beau la secouer, crier, hurler, supplier, elle est resté fermée, personne n’est venu.
Il s’est laissé tomber sur le sol, désespéré. Tout était perdu. Sans sa guitare, il n’était plus rien. Il n’avait pas les moyens de s’en racheter une. Il a fouillé dans ses poches, à la recherche d’une cigarette. Rien, rien … On avait dû le voler pendant qu’il était inconscient sur le trottoir. Il n’avait même pas l’argent pour acheter un ticket de bus et rentrer chez lui.
Il est resté sans bouger, accablé, le visage dans les mains.
« Mais enfin Dan, qu’est-ce que tu fais là ??? On te cherche partout ! »
Il a relevé la tête, il a cru rêver. Devant lui se tenait Will, le chanteur du groupe bien connu. Il est resté hébété, sans réagir.
« Allez, viens vite. Tout le monde est chez moi, à continuer la fête. J’étais dans le bar hier, on ne pouvait pas s’arrêter comme ça. Je te veux dans mon groupe, j’espère que tu n’as pas d’autre engagement. Sinon, on se débrouillera, j’ai un avocat qui sait tout arranger. Allez, lève toi, on y va. Un bon petit déjeuner te remettra sur pieds. »
Toi aussi tu es partie vers la fiction et vers l'ambiance US. Cette musique m'a tout de suite fait penser à Ennio Morricone, c'est pour ça que je l'ai contextualisée dans les prairies. Et le côté lancinant et répétitif va bien avec la gueule de bois de ton personnage. Merci pour cette ouverture finale, on a envie d'y croire aussi...
SupprimerEt ils repartirent tous vers un Soleil Levant, les uns après les autres, les uns avec les autres, brisant à chaque pas les mailles trop lourdes de leur propre mirage.
RépondreSupprimerDu cœur de la terre, silencieuse, yeux fermés, mains tendues, sifflant du bout de leur âme un mantra de renaissance, ils avançaient, ils avançaient, ils avançaient.....
6 heures du matin, il fait jour, la température est agréable.
RépondreSupprimerJe me faufile hors de la chambre, consciente de vivre un moment dont je me plairai à convoquer le souvenir les jours de grisailles.
Sur les murailles de la Kasbah majestueuse et mythique, le soleil déjà vif joue avec l'ombre des ouvertures qui gardent leurs secrets des temps écoulés.
Les dunes de sable s'étendent à perte de vue. L'infini me happe, si loin, si près. Eblouie, je ne me lasse pas de contempler la traine des ocres lumineux balayés par le souffle léger du vent.
Les yeux clos, je m'abandonne à la douce chaleur de l'aube qui me caresse le corps.
Le temps s'arrête suspendu, minutes éternelles.
Est-ce un mirage ? Au loin un troupeau de chameaux portant de lourdes charges sur le dos, s'avance, guidé par des silhouettes bleues. Peu à peu je distingue les chèches blancs enrobant la tête des chameliers, les gandouras enflées par le vent. Le rythme lent et régulier de leur marche donne l'impression qu'ils ont traversé les époques. J'imagine leur arrivée au caravansérail, le son des flûtes, les étoffes précieuses…
L'appel à la prière par haut-parleur, le braiement des ânes et les aboiements des chiens mettent brutalement fin à ma rêverie orientale.
Merci à la musique de Nazim de prolonger le rêve.
Jacqueline Desmaretz
Ô qu'il est grand cet homme, sur sa monture,
RépondreSupprimerIl se déplaçait lancinant, agitant d’une danse sa parure,
Dans l’atmosphère aride du comté blaquièrois,
Sable ocre, sous la lune écarlate à en glacer l’effroi,
Tant et si bien que le sable scintillait de milles éclats.
Il n’a jamais fait aussi jour que ce soir-là.
Il avançait donc, lentement, pas un pas à côté, invétéré.
A mesure qu’il s’approchait, les gens se refusaient à le rencontrer,
Par peur de devoir se frayer un chemin entre lui et les murs, partager son air.
Il n’était point effroyable, mais il consumait l’espace de sa présence patibulaire.
La rue, si grande, semblait étroite, toute une place sous pression…
Tous suffoquaient à l’idée d’être à sa portée de vision.
Définitivement, sans plus de doute, il se rapprochait du saloon.
Le temps s’arrêta dans celui-ci, se tuent même les clowns,
Quand le cliquetis des étoiles de ses bottes tintait
Et les talons sur le vieux parquet s’intensifiaient.
Chaque pas figeait l’assistance, derrière les lattes calfeutrées du commerce en bois.
Guettant du coin de l’œil l’entrée de sa délivrance, cartes en mains, les caïds du coin aux abois.
La pression si dense descendait à peine au crissement des charnières des portes battantes,
Comme en haut d’une tour après que lâche l’entrave délirante.
Malgré le crépuscule au dehors, le jeu de lumière à l’intérieur mis un temps,
Temps là encore ralenti, pour découvrir l’homme, si grand,
Caché sous un sombrero,
Et un long poncho.
« Hey ! » lança-t-il au comptoir, d’une voix fluette et rauque.
Puis en rejoignant le bar, jugeant à demi au bout, des loques :
« Une Corona pour moi, et de l’eau pour Polly dehors ! Merci. »
Le serveur pourtant plein d’expérience était anxieux, à sa merci.
Il eut un temps d’arrêt puis s’exécuta, récupérant le chrono.
Servi, l’étranger fit fi d’un grand geste, balayant son haut.
A ça, la salle en sueurs eut un geste de recul,
Mais il ne sortit que son portefeuille, pour poser au bar le dû d’écus.
Balançant au passage tout aussi fort qu’avant l’aphasie :
« Au fait, je m’installe ici ! »
Il en finit par un quasi-cul-sec,
Posa lourdement sa bière sifflée au bec,
Récupéra le bol d’eau préparant une course, et sortit, toujours aussi flegmatique.
Du vent soufflait, la vie reprenant son cours, avec un air un poil plus énigmatique.