Bonjour chers compagnons blogueurs
J'espère sincèrement que vous tenez le coup et arrivez à vous adapter face à ce que nous vivons ; quelqu'un m'a parlé d'"hébétude" et je trouve ce terme tout à fait approprié ! Il semble que nous entrons dans ce que j'ai lu être la phase 2 d'acceptation et peut-être même démarrer la phase 3 d'adaptation à ces nouvelles circonstances.
La proposition 6 (déjà...) est donc musicale. Je l'ai voulue complémentaire à la peinture de Régis Morin en proposition 5 mais cela ne veut pas dire que vous devez partir sur la même histoire.
C'est un instrumental proposé par La Compagnie du Swing, quatuor montpelliérain qui n'engendre pas la mélancolie ! Contrebasse, saxophone ténor et guitare nous emmènent vers le swing et la Nouvelle Orléans des années 30-40. Le morceau sur lequel je vous propose d'écrire est un scat, c'est à dire une façon d'improviser des onomatopées vocales popularisée par Louis Armstrong et Ella Fitzgerald (excusez du peu).
Petite contrainte (grandement facultative, on a bien assez de contraintes comme ça !) : pourquoi ne donneriez vous pas un titre au morceau ci-dessous ?
Enchantez vos oreilles et dansez dans votre cuisine, en pyjama ou en smoking. Et si vous voulez en savoir plus sur ce groupe qui se produit régulièrement, voici le lien vers leur site sur lequel vous pourrez écouter d'autres chansons qui donnent envie de guincher ici :
Fredonnez et amusez vous !

DEDADELOUDAY
RépondreSupprimerIl était revenu de son voyage à New York totalement dérouté par l'ambiance de la ville de tous les superlatifs. Son gigantisme, sa vitalité trépidante, son modernisme, sa vie culturelle multiple et exigeante, son histoire même, il en était conscient, avait ses revers glauques. Le temps lui avait manqué pour se perdre dans les quartiers pauvres du Bronx ou visiter Ellis Island où arrivèrent les immigrants européens ayant franchi la "Golden Door"
Parmi les bons souvenirs qu'il se plaisait à évoquer, il y avait ces moments inouïs passés à écouter du jazz. Il s'était découvert une véritable passion pour cette musique qui le faisait vibrer au plus profond de lui-même et n'avait de cesse d'approfondir ce domaine qui lui paraissait inépuisable.
"Un peu parti un peu naze
J'descends dans la boite de jazz
Histoire d'oublier le cours de ma vie"
Après avoir revisité les albums des premiers jazzmen, lu tout ce qui lui tombait sous la main sur les origines, l'histoire et les divers courants du jazz, c'est dans la capitale du blues qu'il décida de séjourner. Il avait gardé de Chicago les images des tripots enfumés gérés par Al Capone projetées sur les écrans avec pour musique d'ambiance les airs de blues sirupeux. Il aima l'architecture Art Nouveau de cette ville dans laquelle les formations de blues semblaient s'intégrer au décor. De jour comme de nuit, les orchestres le long de Chicago River se succédaient dans les bars fréquentés par une clientèle de tous âges appréciant ostensiblement la qualité des musiciens. A ceux qui s'étonnaient de ce choix de villégiature, si peu prisé par les français lui préférant la côte ouest plus glamour, il confessait combien cette musique née de l'expression des esclaves du sud ajoutait de l'émotion au seul plaisir musical. Emotion d'autant plus forte que c'est de cette ville qu'était originaire le premier président noir des USA, pays ségrégationniste jusqu'en 1964.
"Blue moon
You saw me standing alone.."
De retour en France, il s'initia au saxo et rejoignit un groupe de jazz scat amateur. Les subtilités de la " langue acrobate" lui ouvre à présent toute une palette de sons vocaux complétant pour son plus grand plaisir les vibratos du saxo
"Baptoubab houhou babtoubap
Doudeli deloudap dedadelouday…"
Camomille, 31 /03/20
Chouette le titre et la transcription des onotomapées, l'hommage appuyé à à cette Amérique à la fois fascinante et irritante mais berceau mythique du jazz. Et total respect à notre jazzman 'blanc" Michel Jonasz, qui a su nous enchanter dans notre propre langue. Belle plongée dans cet univers de résistance mais aussi d'espoir, ton personnage nous en apprend plus sur le contexte de manière musicale dans une langue musicale : "la langue acrobate" et les "vibratos"; on y est...
SupprimerFunambule
RépondreSupprimerLa musique, c’est quoi ce bidule ? lança Hercule, lui qui s’était confiné dans le silence toute sa vie, réfugié dans sa bulle.
Il en avait plein les rotules d’être une crapule à pustules. Ses maître mot : je coagule, je calcule, j’accumule, je dissimule, j’éjacule, je camp-annule, je tue-bercule, je vends-tricule, j’ai-mascule…
Il courut après sa bulle qui venait d’exploser, voulu la coincer mais qui coince la bulle fabule. Une bulle ca tintinnabule… et ça s’envole, comme les notes et les oiseaux.
Il s’arrêta pour écouter et se vit ; il n’avait jamais pris le temps de voir ses gesticules.
Au son de la musique noctambule, il se mit à marcher, à danser sur l’eau, de bulle en bulle, sans être ridicule.
Il s’était cru tarentule sur ses grosses mandibules, car il avait une araignée au plafond. Il était en fête une petite libellule rose et bleue.
Xian
Tu t'es bien amusé avec les sonorités, tu as fait du scat littéraire. Ecriture automatique ? En tout cas, c'est faussement léger comme une bulle de savon, tu malaxes les mots et tu termine sur une note de gaieté à l'image de ce morceau. Un rythme bien enlevé...
SupprimerSa mère lui avait mis de la poudre de balai dans le biberon. Elle grandit avec une extrême raideur, le tuteur bien ancré dans les bas fonds. Impossible de virer sur les bords, de s' incliner, de faire moindre révérence. Le devant de sa porte toujours propre, elle savait déplacer les saloperies chez le voisin d' un moindre revers de soi.
RépondreSupprimerEt puis un soir, lors de sa dix huitième année de confinement, malgré elle, elle arriva, droite comme un I de l' Interdit, devant la porte d' un caveau.
Elle avait les lèvres pincées, pâle, la robe noire moulée autour de son corps mince, des chaussures à talon aiguille et un chignon comprimé d' épingles ternes.
Elle entra, gantée, guindée, gênée..
Elle repéra de suite une table carrée, dans un angle bien anguleux, commanda un double whisky sec.
Autour d' elle des voix brouhahiques, des mots sarcastiques, des rires antipathiques, une ambiance merdique, pensait elle, statique.
Elle se tenait droit, assise
Sur scène, envisageable en ces lieux, relativement étroite, quatre hommes intervinrent, comme prévu pour les habitués.
Quatre hommes nantis.
Deux guitares, un saxophone, une basse
Ils occupèrent l'espace en un regard échangé entre eux...et en avant
Choubidou, bidou, biwap, biwap, Choubidou, biwap, biwap...
Elle buvait son alcool à petites gorgées étranglées, les yeux dans son vide.
Choubidou, bidou, biwap, biwap, Choubidou, biwap, biwap
Une note se posa sur son oreille fermée. Agacée, elle se gratta le lobe, lobidou, bidou, biwap, biwap.. La note descendit dans le cou qu' elle frotta, frottidou, didou, diwap, diwap,..
La note aventurière ameuta les accords qui annexèrent les cheveux brimés. Elle secoua la tête, à droite, à gauche, en haut, en bas, les pinces explosèrent, libérant une chevelure longue, épaisse, bouclée... Le jazz entrait en elle par tous les pores jusqu'alors clos.
Elle, avec son manche à balai en guise de colonne vertébrale, à la place de son cœur, de son bassin de son cerveau, se leva de la chaise, électrique.. Elle envoya valser les chaussures ailleurs, dessera la ceinture, découvrit des dents, blanches, en arcade parfaite.
Seule, aimantée, elle s' avança devant le quatuor, Choubidou, bidou, biwap, biwap.. Le corps deverouillait les vertèbres cimentées.. Du balai de souffrance sortait les fleurs enchantées d' un bois de sorcière.. Elle enfila la danse, se mit à éprouver chaque note conjuguée. Elle dansa, elle dansa tant que les musiciens purent lui offrir de quoi s'enivrer, de quoi s' amuser.. Les autres applaudissent. Ils sentaient qu' il se passait quelque chose d' inouï, de merveilleux..
Choubidou bidou biwap biwap Choubidou bidou
Cela dura jusqu' au petit matin..
On ne la revit plus jamais, sans doute parce qu' elle était devenue quelqu'un d' autre...
Choubidou, bisou, biwap, biwap, choubisou, bisou....