dimanche 22 mars 2020

Proposition 3 : dimanche 22 mars

Nous en sommes donc à la proposition 3 qui nous est envoyée par l'ami Pierryl Peytavi
 dont je vous invite à découvrir le travail si vous ne le connaissez pas sur son site : http://www.pierrylpeytavi.com/fr/accueil.html 
Pierryl se définit comme le "photographe de la myopie" et s'affranchit des codes habituels. Il a fait de nombreuses expositions et notamment à Montpellier dans le cadre des Boutographies au centre d'art la Fenêtre qui parlait ainsi de son travail lors de l'exposition Balade avec Brownie

"Ma démarche photographique est axée depuis toujours sur l’errance comme principale stratégie créative..." Cette pratique d’un nomadisme moderne permet d’aborder le frottement entre le statique et la fluidité d’où surgit le monde en perpétuel mouvement. Brownie est mon compagnon intuitif, intrépide et spontané. Il sait prendre des risques capable d’accepter le déchet, la part de hasard, d’apporter de la surprise et donc aussi la déception, parfois l’enthousiasme. Il a du mal avec tout ce qui est fixé par avance, trop organisé, trop attendu. Exposition de Brownie Flash et de montage de petits tirages sténopé numérique. Textes et habillage sonore de la galerie, et dispositif vidéo.


Voici la photo qui vous est proposée aujourd'hui issue de la série Bagnoles















Bon décollage...

7 commentaires:

  1. Course de voitures américaines

    La Chrysler bleue s’est arrêtée au poste d’essence. Aussitôt, Dylan s’est précipité pour remplir le réservoir, surveillé par Bob qui le regardait derrière la vitre du magasin.

    - Bonjour m’sieu. J’vous fais le plein ?
    - Oui petit, et nettoie aussi mes vitres.

    Tout en écoutant l’essence couler dans le réservoir, Dylan s’extasiait sur la voiture. Quand il aurait l’âge de conduire, il en aurait une comme ça. Et s’il partait, là, tout de suite ? S’il se glissait dans le coffre ou sur le siège arrière sans que le conducteur ne le voie ? Partir … S’éloigner de cette vie morne et sans avenir dans lequel il était enfermé. Il n’avait plus de famille, tous décimés par la variole. Bob avait dit, au pasteur qui l’avait recueilli :

    - Je m’occuperai de lui, il travaillera avec moi.

    Mais Bob était gros et paresseux. Toute la journée, il restait derrière la caisse, à sucer des bonbons et surveiller Dylan. Dès que l’enfant ne servait pas les clients assez vite, il le giflait. Et le soir, il ne lui donnait qu’un bol de soupe et un morceau de pain dur.

    Quelquefois, Dylan réclamait un salaire.

    - Je te nourris, je te donne un toit et des vêtements. Et tu voudrais en plus que je te paye ? Fais la vaisselle et va au lit, et estime-toi heureux !

    Des vêtements ? De vieux habits dont personne ne voulait, usés jusqu’à la corde et jamais à sa taille, que l’on donnait à Bob, c’était ça que portait Dylan. Quant à être nourri … Affamé, plutôt.

    Du haut de ses 12 ans, Dylan ne rêvait que de s’enfuir. Et il rêvait aussi de voitures, synonymes de liberté. Quand il avait entendu parler de la course de voitures américaines, son cerveau s’était enfiévré. Il en rêvait la nuit et la journée …

    Pendant que tout cela tournait dans sa tête, il avait rempli le réservoir de la Chrysler bleue et si soigneusement nettoyé les vitres qu’il pouvait maintenant y voir sa silhouette maigre et son visage blême.

    Le conducteur de la voiture est revenu après avoir payé.

    - C’est bien, mon p’tit gars. Voilà pour toi.

    Il lui tendait un pourboire si généreux que Dylan n’osait y croire.
    - Ton père m’a dit que tu es un bon garçon
    - C’est pas mon père, j’suis orphelin. Dites m’sieur, vous connaissez la course de voitures américaines ?
    L’homme a ri
    - Bien sûr, c’est là que je vais
    - S’il vous plait, emmenez-moi !
    - Mais, qu’est-ce que va dire ton père ? Enfin, l’homme qui est là ? Ton patron, quoi ?
    - Il se débrouillera. Des orphelins comme moi à qui il donnera à manger un bol de soupe et un croûton, ça ne manque pas. S’il vous plait …
    - Tu me ressembles quand j’avais ton âge. Un jour, quelqu’un m’a emmené, ça a changé ma vie. Allez, d’accord, mais, il faut le prévenir, quand même … (il faisait un signe de tête vers Bob qui les observait)
    - Vous inquiétez pas, j’y vais.
    -
    Dylan a couru jusqu’à la boutique.

    - J’me casse, Bob, adieu, j’reviendrai jamais.

    Dylan était assis dans la confortable voiture qui avait démarré avant que Bob n’ait pu s’extraire de derrière la caisse en hurlant.

    Le vent décoiffait ses cheveux par la fenêtre ouverte. Dylan s’est pincé. Non, il ne rêvait pas …









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  2. Un texte de Camomille (alias Jacqueline Desmaretz)

    Le fugitif Pierryl Peytavi

    Franchir la frontière avant la levée du jour !

    Lancée au maximum de sa vitesse, la luxueuse voiture qu'il a "empruntée" trace dans la nuit noire des lignes fluorescentes multicolores. Avec jubilation il entend le moteur vrombir sous l'impulsion de son pied sur la pédale d'accélération. S'il en avait le temps, il expérimenterait toutes les possibilités de l'engin. Quelle formidable sensation ce serait de le pousser dans les embûches des terrains empierrés, de l'élancer dans les cours d'eau ou de franchir les passerelles instables ! Frôler le danger est son adrénaline, sa dope E P O.

    Il déteste la lenteur, le conformisme ! Ce qu'il aime c'est le mouvement, la vitesse, la prise de risques quels qu'ils soient.

    Et dire qu'il a failli se laisser piéger chez Sally ! Certes il aurait pu se faire un paquet de tunes et la fille était jolie… mais les soirées gin-poker à répétitions, très peu pour lui ! Bien lui en à pris de prendre l'air et de tomber sur cette bagnole !

    Au cœur de cette nuit, la radio à fond la caisse, les paysages flous défilent, se superposent au son d'une musique qu'il ne connait pas. Echos métalliques alternant avec des graves, voix rauques se mariant avec le scénario. Cette ambiance le détend et pour un peu il se laisserait surprendre par l'euphorie du moment et baisserait la garde !
    Il se reprend, guette dans le rétroviseur les phares des fédéraux qui doivent déjà le poursuivre toutes sirènes hurlantes.
    Une pluie drue martèle le capot, la vapeur qui s'en échappe et la buée sur le pare-brise ajoutent du trouble au décor. Les enseignes fluorescentes au loin trouent l'opacité de sa route.

    Pied au plancher, il fait corps avec la machine. C'est à présent une course effrénée contre la montre qu'il engage. Qu'elle tienne encore quelques dizaines de milles et il la laissera se reposer derrière le hangar qu'il aperçoit.

    Comme prévu les fédéraux sont arrivés…trop tard !
    A présent dans l'Etat voisin, il poursuit sa route de fugitif.

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  3. C' est bon ce soir, je me lance. J'ose,toute seule. Cela fait un moment que j' ai repéré le bijou bleu dans la rue, à peine éclairé par les lampadaires. J'ignore à qui appartient cette sublime bagnole. Je vis dans un quartier ouvrier et je ne vois pas qui pourrait s'offrir une telle folie. L'amant d' une voisine qui serait tomber sur un bon coup ? Je dis n' importe quoi. Mais moi, je ne sais pas, ce bleu froid, ce bleu glacé lumineux et ses deux petites virgules rouge sang, je ne peux plus résister.
    Toutes les nuits, depuis une quinzaine de jours, je mate. J' ai envie, très envie d' aborder les courbes fermes de l'habitacle. J'ai envie de m'asseoir sur la carrosserie, de poser comme une starlette, de renifler l'odeur sauvage du caoutchouc encore trop lisse des pneus gonflés à bloc. J' ai envie d'ouvrir délicatement la portière, de poser mon large fessier sur le coussin du siège conducteur.J'ai envie de frôler le volant, de caresser le levier de vitesse, de laisser couler les vitres dans un silence magique. J' ai trop envie d' appuyer sur les pédales, d' entendre le moteur sortir de son mutisme.. J' ai envie, tellement envie de démarrer secrètement, sans un regard dans le rétro, de sortir du village, de retrouver la direction de l'autoroute, et de m'y engager. J' ai envie d' accélérer, de plus en plus, de grimper en vitesse jusqu'au maximum et de rire, de rire, de me sentir libre, de faire un pied de nez aux limitations, le ventre noué mais les poumons si remplis... Tellement envie !!

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  4. ça c'est de la bagnole mon pote
    trop belle pour être un corbillard et monter au ciel
    très lumineuse dans la nuit crépitante pour flouter les radars
    si américaine qu'on se commanderait bien un vanilla milkshake
    pas d'un noir bêtement lisse mais scintillant d'un ébène velouté
    c'est la tire de mes rêves
    dans tes rêves dans ta face
    t'auras jamais une caisse comme ça mon pote
    même si tu roules à tombereau ouvert
    tu restes le chauffeur
    tu restes le convoyeur
    tu seras jamais le détonateur

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  5. Le coucou partie 1 (Anthony Casado)
    Par une nuit pluvieuse, des gouttes de pluie frappaient aux carreaux des fenêtres. Des éclairs illuminaient la pièce comme les phares d’une voiture, rythmés par les coups de tonnerre qui faisait trembler le lustre en cristal de la demeure dans laquelle j’avais trouvé refuge. Ce vieux et grand manoir abandonné était le seul endroit où je pouvais m’abriter. Le
    seul endroit pour un chat comme moi. Fuyant le bruit et les flashs, je m’étais caché sous un divan. Le sol était recouvert de poussières, la moquette s’effilochait comme un vieux vêtement à l’abandon. Le bois craquait dans toute la maison. Un courant d’air soufflait et faisait bouger les vieux rideaux comme le drap d’un fantôme. Je vis des ombres bouger, ça devait être le mouvement des arbres dehors. J’avais le cœur qui cognait sous mes poils comme s’il voulait sortir. Je tremblais un peu à cause du froid ambiant de la pièce. J’apercevais quelques meubles dans l’obscurité, dont une table à l’entrée où reposait un vase avec des fleurs mortes, la tête baissée. Le temps avait fait son œuvre sur cette bâtisse, elle
    devait être abandonnée depuis longtemps. Un voile de toiles d’araignées camouflait les coins des murs et certains meubles.

    Quand la tempête qui grognait dehors se calma, je sortis le début de mon museau, mes vibrisses me signalaient que la voie était libre. Je marchais à pas de velours, sans faire un bruit. Lorsque tout à coup un « Coucou ! Coucou ! » me fit bondir sur la table et renversa le vase qui se brisa. Le bruit résonna le long du couloir qui menait à la salle à manger. Des
    « tic-tac » martelaient mes pattes, j’avais peur dans cette immense maison vide et sans vie. Des portraits me regardaient d’en haut, leurs yeux brillaient dans l’obscurité. Le tonnerre sonna et en un éclair je vis le squelette de chaque personne qui était peinte. Je pris la fuite une nouvelle fois.

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  6. Le coucou partie 2 (Anthony Casado)
    Je scrutai la pièce, l’obscurité et rien d’autre. Une grande table avec une vieille nappe à moitié mangée par les mites. Au fond un grand escalier qui faisait la longueur de la salle avec deux chandeliers au début des rampes. Je levai la tête à la recherche de l’objet à l’origine de mes peurs, et sur un mur assez haut, une horloge en forme de chalet suisse tout en bois, le balancier fonctionnait toujours et le cadran indiquait onze heures et quart. La petite porte au-dessus s’ouvrit et je vis sortir cet oiseau des beaux jours qui criait son « coucou ! » du quart d’heure. Cet oiseau au ramage rouge et jaune, cet oiseau qui faisait dresser mes poils, sortir mes griffes et admirer mes canines de félin. J’ai su dès lors que j’allais commettre un meurtre. Je dis : « Oiseau de malheur ! Arrête de sonner tous les quarts d’heure ! » Il répondit : « Coucou ! ». Ne me prenait-il pas au sérieux ? Avait-il compris que si j’étais le prédateur il serait ma proie ? Je dis : « Oiseau de malheur ! Ne vois-tu donc pas que j’ai peur ? » Il répondit : « Coucou ! » Peu importait pour se volatile mon état d’âme, il avait une mission qu’il devait accomplir qu’importe le jour ou la nuit. Je devais le faire taire. « Oiseau de malheur » dis-je, « tu l’auras cherché, je ne ferais de toi qu’une bouché ! »
    Je bondis sur la tapisserie, je plantai mes griffes sur le mur et j’escaladai jusqu’à l’horloge maudite. Ce n’était pas le premier que j’allais croquer un oiseau, je salivais d’avance de ce délicieux volatile que j’allais déguster comme dîner et ainsi je croquerai ma peur. Arrivant sur le toit du chalet, l’horloge sonna la demi-heure le coucou sortit, il tourna la tête et vit sûrement la mort ou le diable lui sourire. D’un coup de pattes je voulais l’attraper ; manqué, le fourbe et indocile volatile battit des ailes et prit la voie des airs. Je sautai sur la rampe de l’escalier, suivant ma proie, mon dîner avant qu’il ne s’enfuie. Me battant avec lui pour l’attraper, il ne se laissait pas faire, tenait-il vraiment à la vie ?
    Au dernier quart d’heure, il cria son « Coucou ! », « Maudit oiseau ! » dis-je. D’une démarche de lion ou de panthère, furtif et rapide. Lançant mes pattes avant, poussant tout mon corps avec mes pattes arrière, la gueule ouverte, je me projetai dans le vide. Le coucou entra dans ma bouche et n’en sortirait plus. Je tombai en bas de la pièce sur la vieille table qui trônait au milieu. Le bois était vieux, elle rompit sous le poids de ma chute. Un bruit résonna et la poussière virevoltait dans les airs formant un épais nuage macabre. Je ne sentais plus les muscles de mon corps. J’avais mal. Je regardai le cadran sur l’horloge, il était minuit et le coucou ne sonna jamais plus.

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  7. BAGNOLES
    jeudi 26 mars 2020

    Elle était là dans ce beau désert bleu
    un navire à quatre roues les yeux flambant rouges
    lever les voiles
    La pensée plus forte que les murs
    bientôt je roulerai à travers les dunes interdites
    je vous aime mais je roule
    Comment vivre dans un patelin de quelques milles habitants quand l’azur vous interpelle.
    le prisonnier sans le ballon, le numéro 6 ça me rappelle une série…
    Confiné dans le garage derrière les murs cernés du sable des grands canyons je peaufinais la grande évasion
    Ce bled poussiéreux je le laisses aux amoureux du vide, moi j’ai la tête qui explose d’un refrain de liberté
    La bagnole, un vieille tire qu’un amant désabusé avait abandonné un soir de mauvaise veine, un de plus, accompagné de poisse il avait préféré le bus saisi à la première heure. Une façon de repartir et de conjurer le mauvais sort, recommencer aux aurores dans le vide résonnant avec pour dernier écho l’échec permanent.
    Je me savais en veine ce soir là les cartes en mains pendant que les uns jouaient leurs dernières atouts, je me savais vainqueurs déjà et la roue tournait pour moi.
    Le grand derrière son comptoir le chicot entre les dents jaunies me lançais un regard ivre de complicité…
    je quittais le Bonheur Café le cœur plein et les poumons regonflés, un nouveau souffle, gagnant enfin, une vieille tire à retaper.

    Dès que possible je me cloîtrais pour mon plus grand plaisir en commençant par démonter le moteur. J’avais l’impression de décomposer toutes les étapes de ma vie dans ce quart monde.
    Plus qu’une occasion de participer aux grand prix, mon billet pour le départ, j’entendais déjà crisser les pneus, la ligne de départ plus importante pour moi à dire vrai que franchir la ligne d’arrivée. Gagnant, je pars vous laissant la poussière de l’ ennui. J’ai conduit aveugle longtemps.

    KheirAlima

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Proposition n°16 : dimanche 17 mai

Chers amis blogueurs, Vous commencez à retrouver vos marques ?   Je tiens à vous remercier pour cette belle aventure que nous avons vécue en...